Reflections


Reflections is a touring solo show that premiered at Galerie Joseph in Paris in the fall of 2018. The exhibition was the first retrospective of Anna Condo’s work, showcasing over a 100 photographs and a limited edition publication. 
  


Fall 2018 in Paris, Galerie Joseph

Anna, you came into my life like a whirlwind. From the very start, you occupied an essential place there, bypassing all the detours and delays that typically attend the development of a friendship. I found you intense and pure, generous and uncompromising, serious and full of whimsy. And it did not take me long to grasp that you were living through a period of tremendous existential turbulence. Put another way: you had taken your destiny into your own hands, and it was deeply moving to see.

But it was thanks to flowers that your worries and cares gave way to renewal. You like to say that they saved you. No doubt this is the case because, although they have always been part of your life, they were waiting for just the right moment to captivate you in earnest, pulling you away from the short films you had been making, the photos you had been taking of your daughters, the artists by whom you had been surrounded, and the works of that one artist whose life you had shared. Flowers led you into a world that became your refuge, replenishing and inspiring you as you sought to capture their message and convey the feelings that arose from your communion with them.

Your relationship with flowers is an intimate, even telepathic, one, unfolding in secret and often at night, in mysterious and fecund tête-à-tête. You say that they have never let you down. You see not only their beauty and their sweetness, but also the immense inner strength that those qualities belie. You understand flowers in all their ingenuity and all their valor. And you feel everything you know about them, including and above all their prodigious autonomy. Indeed, they themselves ensure their own reproduction, emitting the nectar and pollen that attract their pollinators and sometimes even trap them by means of visual or olfactory feints that can make them --the flowers--look like insects or smell like animals.

They also know how to protect themselves by generating toxic substances, notably insecticides and fungicides. And by opening in the morning and closing at night or in intemperate weather to keep from getting excessively cold and wet, and to fend off nocturnal predators such as deer and slugs. In addition, they have healing properties for human beings, whence the great fascination they exert on us.

In short: you admire them. Small wonder, then, that you should grow indignant when people dismiss them as fragile or merely decorative, like a woman praised for her beauty alone and reduced to the role of trophy or muse (an experience with which you are doubtless far too familiar, having lived it yourself). Your photographing them has thus become a sort of crusade, aimed at giving them their due and through your images restoring to them their incredible power.

But if your deep affinity for flowers inevitably leads you to reflect upon your own past and life choices, those reflections are always visual, because for you, all reflection is necessarily mediated through images, through the aesthetic. And it's not your own likeness that you seek in these Reflections -- like Narcissus fatally transfixed by his own image. No. Rather than looking at yourself, reflecting for you means fixing a respectful and benevolent gaze upon the things you love. So you photograph all kinds of flowers, whether they are exuberant or languorous, subdued or (as you put it) "constipated." And you do this with terrific empathy, letting us see their dazzling individuality, the perfection that marks every moment of their short lives, including their decline as their petals wither and fall.

For this reason, your Reflections reflect not so much a particular style of photography or flower as an extraordinary visual sensibility. Theirs is a unique beauty and magic whose secret I can only explain by the beauty and magic of your gaze. Is this to do with your encyclopedic esthetic culture? Your artistic, Armenian background? Your friendship with so many artists? Your soul? Whatever the case may be, your Reflections--which give free rein to your fascination with mirrors, display-case windows, shower doors and the fleeting images these surfaces capture--recall Jean Cocteau's film, La Belle et la Bête. For like Belle's mirror, they invest you with the magic power to see past mere appearances, communicating with and touching others from a distance. Chapeau, l'artiste!

Translated by Caroline Weber
Anna, tu es entrée en trombe dans ma vie où tu as d’emblée occupé une place essentielle sans passer par les détours ou les délais classiques de l’amitié. Je t’ai trouvée intense et pure, à la fois généreuse et sans concession, grave et fantasque. Et je n’ai pas tardé à comprendre que tu faisais l’expérience du fracas fécond propre aux tournants de l’existence. Autrement dit, tu reprenais ton destin en main, et c’était bouleversant.

Mais c’est grâce aux fleurs que tes chagrins et tes peines ont cédé leur place au renouveau. Tu dis qu’elles t’ont sauvée. Sans doute parce que, bien qu’elles aient toujours fait partie de ta vie, elles ont attendu ce moment pour te captiver pour de bon, et te détourner des courts métrages que tu réalisais, et des photos que tu prenais déjà de tes enfants, des artistes que tu côtoyais, et des œuvres de celui avec lequel tu vivais. Elles t’ont ainsi ouvert un monde dans lequel tu t’es réfugiée, restaurée et ressourcée, en cherchant à capturer leur message et à transmettre les émotions que tu éprouves à leur contact.

Il faut dire que tu as un rapport intime, voire télépathique, avec les fleurs, avec lesquelles tu échanges de façon secrète et souvent de nuit, en tête à tête. Tu dis qu’elles ne t’ont jamais déçue. Tu en vois la beauté et la douceur, mais aussi la force, qui puise son origine dans cette apparente douceur. Elles t’apparaissent dans toute leur ingéniosité et leur vaillance. Et tu ressens tout ce que tu sais d’elles. À commencer par le fait qu’elles sont prodigieusement autonomes. Elles assurent elles-mêmes leur reproduction, en émettant le nectar et le pollen qui attire et guide vers elles leurs pollinisateurs, ou parfois même en les piégeant au moyen de leurres visuels ou olfactifs qui leur font prendre l’aspect d’un insecte ou dégager une odeur d’animal. Mais elles savent aussi se défendre puisqu’elles peuvent doser le parfum qu’elles secrètent de façon à repousser les importuns.

De même qu’elles savent se soigner, notamment en émettant des substances toxiques protectrices insecticides et fongicides. Et si elles s’ouvrent le matin et se ferment le soir ou par temps nuageux, c’est pour se protéger du froid, de l’humidité et des prédateurs nocturnes comme les limaces et les chevreuils. Enfin elles nous font du bien, et cela leur donne sur nous un pouvoir prodigieux.

Bref, tu les admires. Rien d’étonnant, alors, que tu t’insurges lorsqu’on les juge fragiles ou simplement décoratives, telle une femme louée pour sa seule beauté et réduite à un rôle de potiche ou de muse. Une sensation que tu connais bien sans doute, et de l’intérieur. Aussi photographies-tu les fleurs comme l’on mène une croisade, pour leur rendre justice, et leur restituer leur incroyable pouvoir, grâce à tes images.

Mais ton intime affinité avec les fleurs te conduit aussi à réfléchir sur toi, sur ton passé et tes choix. Ce sont des Reflections visuelles. Car, pour toi, la réflexion passe inéluctablement par l’image et l’esthétique. Pourtant ce n’est pas ton reflet que tu traques à travers ces Reflections, tel Narcisse épris de sa propre image au point de se laisser mourir en se penchant sur elle. Non, pour toi, le rôle du reflet n’est pas de se regarder soi-même, mais de regarder les choses et les gens que l’on aime avec respect et bienveillance. Ainsi tu photographies toutes sortes de fleurs, les exubérantes, les langoureuses, les discrètes, et les «constipées», comme tu dis. Et tu le fais avec empathie, en nous donnant à voir leur singularité, leur éclat et leur perfection à chaque étape de leur courte vie, y compris dans le déclin, lorsque leurs pétales sont fanés.

Aussi, plutôt qu’un style particulier de fleurs ou de photos, tes Reflections reflètent surtout ton extraordinaire sensi-bilité visuelle. Elles possèdent une beauté et une magie particulières dont je ne peux m’expliquer le secret que par ton regard. Est-il du à ton encyclopédique culture esthétique, à ton héritage artistique arménien, à ta fréquentation assidue des artistes, ou à ton âme? En tous cas, tes Reflections, qui laissent libre court à ta fascination pour les miroirs, les vitrines, les portes de douches et aux images qui s’y réfléchissent, font écho au film de Jean Cocteau La Belle et la Bête, puisqu’elles agissent à la façon du miroir de la Belle, en te donnant le pouvoir magique de voir et de donner à voir au-delà des apparences, mais aussi de communiquer à distance avec les autres et de les toucher. Chapeau, l’artiste!

Foreword Cécile David-Weill



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